Partager l'article ! Retour sur Arles "C'est bien pour la ville": Dimanche soir, tertulia. Dans la cour intérieure du club taurin « Los chiquillos » un jeune afici ...
Dimanche soir, tertulia. Dans la cour intérieure du club taurin « Los chiquillos » un jeune aficionado parle micro en main face à un parterre de passionnés. Tous tentent de justifier la « haute performance » de Roman Perez, le jeune Arlésien qui coupa le matin même trois oreilles sans aucune émotion. Et quand le jeune homme affirme sans sourciller c’est bien pour Romain, c’est bien pour la ville, il ne s’imagine sans doute pas à quel point il vient de résumer cette triste feria de Pâques.
Chauvinisme. Un peu plus tard, le débat se poursuit avec la Muirade. Les animateurs soulignent à juste titre les bajonasos de Padilla… que la critique est dure envers ses enfants puisqu’aucun d’entre eux n’avaient mentionné ceux de Roman Perez et de l’excellent Tomasito. J’aime l’esprit de ces arènes, son respect du toro, ses présentations irréprochables, les novilladas, son soutien aux jeunes… Je les avais déjà vu aux corrales, les toros étaient magnifiquement présentés malheureusement l’hiver à sans doute eu raison de leurs forces.
Côté cartels, il y a plus à redire… comment imaginer une feria pascale sans figura le samedi ni le dimanche ? Un week-end où la plupart des toreros était démotivés, sans inspiration : Uceda Leal, Javier Valverde, Antonio Ferrera, Joselito Adame, Juan Jose Padilla. Évidemment les toros ne les ont pas aidés mais l’empressa aurait pu imaginer de mettre le Cid face aux Ana Romero ou le guerrier Fundi ou Antonio Barrera ou encore Lescarret qui aurait du être récompensé de sa bonne prestation de l’an dernier… Peut-être n’est-il pas Arlésien. Car à Arles, l’empressa a de la chance, le public est chauvin et les toreros de la ville nombreux… voilà de quoi satisfaire le plus grand nombre, au plus bas coût.
La liste est longue : Marco Leal, Tomasito, Roman Perez, Medhi Savalli, Juan Bautista. Et pour couronner le tout, les présidences sont toutes acquises à la cause. La « mafia arlésienne » devient puante. Quand on fait deux milles kilomètres pour venir aux arènes d’Arles, on s’attend à un peu de sérieux… Je n’étais pas présent le vendredi ni le lundi donc je n’en parlerai pas ou si peu.
Il n’y a pas scandale sur l’oreille de Tomasito, très talentueux même s’il doit réviser ses estocades. Roman Perez est plein d’envie, c’est vrai, il possède un certain rythme, c’est vrai aussi… mais il crie, il hurle, il grimace et toréé de trop loin pour transmettre… Face aux Ana Romero, ses épées étaient mal placées, une oreille aurait justement récompensé son envie mais on fit de lui l’improbable triomphateur de la feria en lui accordant trois oreilles. Merci président ! Ce dimanche matin les toros tombaient par faiblesse, chaque torero a demandé la mono pique et le président ne céda jamais, sauf au sixième celui de… Roman Perez, avant d’être remplacé dans la foulée. Lundi matin, le journal la Marseillaise faisait sa couverture avec la sortie à hombros du jeune torero sous le titre un tantinet exagéré « L’empereur Romain ».
Sans une épée un peu basse, Medhi Savalli aurait pu couper l’oreille de son premier Miura. Moins convaincant que l’an dernier face aux Victorino, il montra toute sa détermination à la muleta et beaucoup de douceur à la cape, une vuelta méritée, une vrai. Pour finir sur les toreros « français »… j’ai pu lire et cela ne m’étonne qu’à moitié que le public réclama une oreille pour la deuxième prestation de Juan Bautista, du haut de son balcon le président fit tomber sans qu’on lui ai demandé deux mouchoirs… sous les sifflets d’une partie du public. Arles quand tu nous tiens !
A noter aussi, l’étrange comportement du public qui au lendemain d’une corrida concours, assiste à une Miurade, une vrai, et siffle la troisième pique du premier de Rafaelillo, alors que ce toro en aurait mérité quatre ou cinq ! Et quand après avoir failli être décapité deux fois en trente secondes, Rafaelillo s’en allait chercher l’épée, il tuait sous les sifflets. Tout aussi rigolo, un homme osa crier pendant la faena de Savalli : « Rafaelillo ! Mira ! Mira ! » J’espère que ce chauvin Monsieur aura néanmoins apprécié la très belle et courageuse prestation de l’Espagnol à son second, toujours digne face à son lot d’hijo de puta.
Bref, on est reparti vers Bruxelles en se disant que quand c’est bien pour la ville, ça ne l’ai pas forcément pour nous. Mais la feria d’Arles est très belle même sous la pluie et il est fort à parier que je serais du côté du Tambourin l’année prochaine, une barquette de tellines dans une main et un pastis dans l’autre.