Mercredi 2 mars 2011 3 02 /03 /Mars /2011 21:03

Pour sa première activité, la toute récente Peña taurine Paul Ricard de Bruxelles avait décidé de s’exporter loin du plat pays. Un voyage intitulé Sentimiento Torero  qui allait nous amener de Madrid à l’Estrémadure en passant par Castille-la-Mancha, quatre jours pour devenir torero ou presque.

Jeudi matin. Dans le métro bruxellois costards et attaché-case s’agglutinent, je jubile… dans ma valise :  cape et muleta. Quelques heures plus tard au Terminal 2 de Madrid, nous les socios belges à la peau terne sommes tout heureux de retrouver l’ami soleil parti depuis si longtemps. La journée est déjà bien entamée mais le programme n’en est pas moins chargé.

13h30. Visite chez le sastre Justo Algaba, l’occasion de mieux comprendre les diverses étapes de la fabrication d’un costume, nous en profitons pour compléter notre équipement du « parfait torero » et faire nos premières passes de cape.

17h00. Après un repas bien mérité et une sieste remise à plus tard, nous avons rendez-vous à l’école taurine de Madrid « Marcial Lalanda ». Un lieu magnifique, verdoyant, chargé d’histoire mais qui tombe légèrement à l’abandon. Les corrales sont déserts, l’herbe envahit les lieux et les murs s’effritent. C’est triste à dire mais durant la visite faite par Feilipe Diaz Murillo, le directeur de l’école, j’avais l’étrange sensation d’être un archéologue qui redécouvre à travers une ruine la grandeur d’une culture passée. Heureusement, les nombreux élèves de l’école me redonnent espoir d’autant plus que les jeunes pousses ont déjà toutes les attitudes de leurs idoles.

21h00. Changement d’arènes, Las Ventas impressionne toujours. Certains de nos socios la découvrent pour la première fois et chacun tente de l’imaginer un jour de corrida, un jour de folie. Pour l’heure et ça devient une tradition en février, c’est le cirque avec ses tigres et ses éléphants qui s’emparent de la piste. A deux pas d’ici, à la Taberna la Tienta, nous attend le matador nîmois Marc Serrano désormais madrilène. Le torero nous séduit par sa gentillesse, sa franchise et sa proximité. Le repas traîne en longueur nous reparlons de son parcours, de la saison à venir (reprise à Vergèze face aux Toros de Yonnet), des corridas dures… sur le mur du restaurant, deux têtes de toros lui font face l’un de Nunez de Cuvillo et l’autre de Adolfo Martin, on lui demande lequel il préfère et nous répond sans hésiter.

Vendredi matin. Le groupe s’agrandit un peu plus avec l’arrivée de Philippe & Maurice respectivement président et vice président du Club taurin Paul Ricard « Ruedo Newton » de Paris. 10h45. Nous sommes désormais une petite vingtaine à prendre place dans nos coches de cuadrillas. Direction le sud à Alcazar de San Juan dans la Finca de cuadrilla. Une habitude puisque nous étions déjà venus l’année dernière y faire nos premiers pas… et pour que le tableau soit complet, le torero Anibal Ruiz notre « professeur » est également présent. Au loin, les moulins de Don Quichotte nous observent toujours. Au pays de Cervantes les naïfs sont rois et à vrai dire nous ne jurons pas dans ce décor.

13h45. Paseo de fortune. En piste une brochette de Manu(s), le premier est Morantiste, contrairement au nom qu’il a fait inscrire sur sa cape « Japon » Manuel est un véritable Belgo-espagnol, le second pourrait se surnommer volontiers, tel une superstar du catch « le Picador de Barbantane », le troisième, un pur bruxellois véritable sosie de d’Artagnan à moins que ce ne soit celui d’Athos, de Portos ou d’Aramis . Avec son chapeau « Cordobes » Bernard est le chainon manquant entre le Bernardo de Zorro et le Sancho Pansa de Don Quichotte. N’oublions pas les deux hommes en noir Damien et  Guy « Ardisson », Bienvenido et sa chemise canadienne, Esteban (notre président) ne cache pas ses origines sur sa cape tout un programme « el Bega » et du côté des Ricard français du Newton, impossible de louper Philippe, on jurerai que ce dandy s’est échappé d’un tableau de Toulouse Lautrec, ni Maurice qui torée la muleta d’une main et l’Iphone dans l’autre, il écrit nos fait et gestes en direct pour « Radio Paris Mundillo », quand à l’auteur de ces lignes, baskets, barbe de trois mois, lunettes noires et casquette collector de « Camping 2 » !

14h14. Ouverture du corral. Les vaches sont moins bonnes que la fois précédente mais le résultat est le même, des chutes, des coups, beaucoup d’émotion et de rires. Même si l’on progresse en toreo de salon, face aux vaches la peur reste présente, et notre style reste inchangé : le cul en arrière- les jambes dans l’avion. Nous ne serons jamais torero mais là n’est pas notre but. Notre démarche est simple comprendre un peu plus notre passion. En ce sens, j’imagine, le simple fait d’ « y aller », de « s’envoyer » offre à chacun d’entre nous des souvenirs formidables. Notre groupe aussi éphémère soit-il est marqué au fer rouge par cette expérience. Et je sais que dans l’œil de mes collègues nous partagerons toujours ce sentiment, celui d’y être allé ensemble. Dans les voitures on refait le match, on revit nos exploits… Belinda, Julie et Stéphanie ont la délicatesse d’être d’accord avec nous « Bien sûr, c’est la vache qui était mauvaise ». Et puis il y avait cette femme venu de nulle part en talons aiguille qui à sa manière a fait un espontaneo cape en main. Elle parlait à la vache comme on le ferait pour un chien « Paquita ! Tu veux passer à droite ou à gauche ?» La vache choisi le milieu.

Samedi. Nous prenons la route de l’Estrémadure direction la Finca de Mariano Cifuentes. Esteban nous a inscrits à un concours d’aficionado praticos. Il y a un côté Star Ac dans cette journée. Sur place une cinquantaine de practicos tous habillé de campos… Nous ? Pas mieux que la veille. Passons.

10h40. Chaque participant récupère son numéro, pour moi le 38. Dans l’arène de tienta, nous sommes divisés en trois groupes, chacun dirigé par un matador, notre professeur : Anibal Ruiz. A l’issue du cours, il devra sélectionner les meilleurs d’entre nous pour toréer l’après-midi. Déploiement de capes. Autour de nous les locaux impressionnent, quites fleuris en tout genre, ils enchaînent l’abécédaire des passes. Les jeux sont déjà faits. Tant pis pour les vaches nous sommes là pour apprendre. A la fin de la matinée, le responsable de la journée le torero Rafael de la Vina fait le bilan de chaque groupe avec les professeurs. Sans doute Annibal a-t-il voulu nous pousser et nous sommes trois sélectionné les  31, 45 et 38 respectivement Estéban, Manuel et moi. Les chocottes. On s’éclipse voir les bêtes. Plus grosses que la veille mais sans corne dangereuse. Pas rassuré pour autant, on se dit on verra, on verra comment seront les autres…

14h25. Quelle drôle de sensation que celle d’être annoncé à un cartel (même celui-ci, il y a quand même un picador). Après un très sympathique repas champêtre passé la boule au ventre, les choses sérieuses commencent. Rafi de la Vina au centre de la piste annonce un à un les prénoms des sélectionnés une jolie vingtaine, dans les gradins le public (à peine le double des piétons) s’impatiente, pas moi. Trois vaches trois groupes nous passerons les derniers. Au palco Mariano a pris soin de prendre avec lui son vieux lecteur casette. Il chipote aux boutons et lance la musique celle d’un orchestre devenu nasillard au fil temps. On se rassure petit à petit en voyant que les autres praticos ne sont pas aussi bons que les promesses qu’ils avaient dégagées le matin. Même si certains ont un niveau enviable, les roustes pleuvent et nous comprenons que même sans rien faire nous ne serons pas si ridicules. Philipe et Maurice décernerons la palme du ridicule à ce practicos bedonnant qui  dans un geste de « virilité » hurle sur la bête en se cambrant en arrière pour mieux la défier mais c’est son bidon qui petit à petit sort de sa chemise… Padilla n’aurait pas osé.

17h15. En fin de journée notre tour arrive enfin. Je rentre en piste en regardant mes pieds, à peine la force pour jeter un rapide coup d’œil vers nos copines. Il va falloir être bon, nous les « practicos de Belgica » car nous sommes un peu devenu la curiosité du jour. La Vina distribue les ordres de passage Estéban et moi interviendront en dernier, c’est une bonne nouvelle la vache sera moins mobile. Derrière mon burladero, je discute avec l’un de mes confrères. Celui-ci  m’explique que le premier à passer est un novillero avec lequel il s’entraine. Nous sommes dans un groupe de haut niveau et pour le coup ça torée ! Quand mon collègue de burladero s’élance en quatrième position la vache est déjà en fin de course. Vient le tour d’Esteban, il est digne, espagnol mais rien n’y fait. La vache ne veut plus passer, ou presque. Rafael de la Vina l’interrompt et crie « siguente ! ». Je sors de mon coin le cœur battant, dans ma tête un seul but : sauver les meubles. Je m’approche de la vache quand la Vina m’arrête, je crois qu’il a un peu peur pour moi et me propose de toréer avec lui à la cape. J’insiste pour y aller avec la muleta. Trois heures d’attente et de préparation mentale interrompu à trois mètres du but. Ça m’énerve mais il a sans doute raison. M’y voilà. Je m’arrête à un mètre devant la vache, la regarde, tente de me calmer, de me croiser, lentement j’approche la muleta de son œil contraire, la site, une fois, deux fois, à la troisième elle s’élance mais s’arrête dans mes pieds et donne des coups. Je me dégage j’y retourne mais rien à faire. La bête est sur la défensive. Alors la Vina me coupe et me fait toréer avec lui à la cape « al limon ». Nous faisons passer trois fois la vache entre nous puis nous nous congratulons mutuellement. Manuel est le dernier belge à pouvoir sauver l’honneur torée la vache suivante. « Venga Manuel ! » trente secondes après son entrée en piste la vache s’élance, le renverse et le piétine. Manuel se relève sonné, le pull taché de sang et y retourne « Venga Torero ! » Après quelques hésitations la vache s’élance à nouveau, Manuel s’enfuit, jette sa muleta et se précipite dans le premier burladero venu. Après la course, il nous confira être heureux. Heureux d’avoir pris sa première rouste et heureux d’y être retourné.  Il peut.

18h46. Nous partons avant les résultats car la route est encore longue jusqu’à Madrid… Le soir, on se réconforte au Vina P, à grand renfort d’asperges et de solomillo… C’est là que nous apprenons que c’est un jeune trisomique qui a reçu le prix du meilleur practicos… Il avait toréé avec Raphael de la Vina à la cape et chaque passe était une victoire après trois passes sa joie et son énergie avait conquis l’arène. En pleine confiance, il voulu même faire une larga à genoux mais les maestro l’en dissuadèrent. Peu importe comme les autres,  il a  réalisé un rêve d’enfant mais il est le seul à avoir fait une vuelta, salué la présidence, le seul à faire descendre les olés des gradins. Preuve en est que l’émotion n’est pas qu’une affaire de technique. Ce torero d’un jour nous l’a à tous rappelé. Olé maestro !

Dimanche à Vistalegre. Rien à dire ou presque. Morante nous offre notre ultime cours de toreo. Le voyage s’achève par une longue tertulia dans les cafés des alentours. Nous y retrouvons Francis Wolf pour régler les derniers détails de sa venue à Bruxelles le 9 avril prochain, le philosophe nous fera  le pregon de la Pena taurine de Bruxelles, histoire de fêter en beauté la naissance de notre association. En attendant, les plus courageux s’achèvent au Burladero où souvenirs et Whisky-coca déjà se mélangent. Je hais les lundis.

 

Plus d'infos : chez les amis du Ruedo Newton

Par El Boby - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Communauté : Corrida - Publié dans : LES PENSEES D'EL BOBY
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