Les jours embellissent même en Belgique… Les premières apparitions du Dieu soleil vous donnent des envies festives. La San Isidro à la télévision vous fait jalouser
ceux qui sont assis de l’autre côté de l’écran. Et l’on s’impatiente à l’idée de retrouver le sud. A l’aéroport de Charleroi une pub montre l’image d’un
avion dans le ciel avec pour slogan « Bye bye Belgique ». C’est exactement ce que nous allons faire. Sur le papier la feria Nîmoise offre de jolis rendez-vous en cette fin mai. Mais le
papier n’a pas tenu toutes ses promesses même si certains arbres cachent la forêt.
Mercredi 27 mai. Arrivés en terres taurines à 16h10 pour l’ouverture de la feria. Il fait beau et chaud. Le Mistral, en revanche est au top de sa forme. Les arênes sont aux trois quart pleines de curieux venus voir le « geste » de Juan Bautista. Stéphanie ne connaissait pas les Miura. Après deux heures et demie, elle repartira sans en avoir vus. Ces « Miuradito » ont laissé aux vestiaires leurs caractéristiques légendaires. Le lot est petit, mal présenté et faible. Les toreros jouent aux infirmiers toute l’après-midi. Le vent aussi fort soit-il n’explique pas les nombreuses chutes des célèbres cornus. Entre le Mistral et le bétail, l’ennuie envahie les gradins. En piste, les piétons sont bien les seuls à ne pas se décourager. Ils font le métier. Juan Jose Padilla fait du Padilla. Rafaëlillo part en guerre face au cinquième, sans doute les meilleurs moments du jour. Quant à Juan Bautista, il a fait de son mieux sans vraiment se dépasser. Entre le lot d’Arles à Pâques et celui de Nîmes aujourd’hui, c’est comme l’équipe de France de 98 et celle de l’Euro 2008. La présence d’une figura dans une corrida dure n’est sans doute pas étrangère à tout ça. En attendant la suite des festivités, c’est en l’honneur du Barça que nous prendrons l’apéro.
Jeudi. Cartel de luxe. Julio Aparicio, El Juli et Sébastien Castella. Une corrida de figuras avec les collaborateurs de Zalduendo. Pas méchants et bien gentils, ces toros manquent de transmission. A Nîmes le tercio de piques est en danger. Le toro est à peine piqué que les sifflets s’élèvent des gradins. Ici, la bonne pique c’est celle qui ne pique pas, celle qui ne blesse pas. Côté vedettes, certains diront qu’Aparicio a signé de jolis détails mais il serait temps de voir autre chose que des détails. Quant aux deux solistes des Vendanges, ils ont pu une nouvelle fois démontrer tout leur talent… en construisant de belles faenas qui ont rendu l’après midi agréable. Sans véritable Emocion cependant, la faute aux Zalduendo. Pourtant ma calculatrice affiche le score de 7 oreilles.
Vendredi. Nîmes est venue voir le rarissime Jose Tomas qui pour une fois n’est pas blessé. A ses côtés le moins rarissime Javier Conde et l'ambitieux Matias Tejela. Notre équipe est au complet prète à vivre l’exceptionnel. Nous n’attendions pas grand-chose des Garcigrande et il faut bien reconnaître que ce lot est la bonne surprise de la feria. Petits mais braves et correctement présentés, ils ont offert du jeu à la pique. Nîmes, s’est alors souvenu des belles choses et s’est surprise à applaudir la pique, la vraie, celle qui met l’animal en valeur.
Le premier exemplaire n’avait pas l’air si compliqué pourtant Javier Conde n’a pas voulu le voir. Next. Jose Tomas commence sa faena par une série de doblones, un genoux en terre et la muleta dans la main droite. Il ramène le cornus au centre du ruedo avec cette série où ses muletazos sont d’une infinie lenteur. L’audience est ensorcelée. Ses naturelles dessinent des trois quart de cercles exquis. A la fin de ses mouvements, un petit coup de poignet lui permet de faire pivoter le bout de tissu situé à l’extrémité du leurre et de garder l’attention du toro. C’est toujours incroyable de le voir enchaîner les passes sans citer le toro ni de la voix, ni du geste. Avec son immobilisme cela donne l’impression qu’il ne fait qu’un avec l’animal. Même dos au cornu, alors qu’il vient de le perdre de vue, sa muleta retombe toujours sous le museau. Dommage que cet exemplaire est un peu trop faible pour supporter de véritable série. Statuaires Tomassiennes. Un recibir avec une demie-épée conclut sa première prestation. Deux oreilles quasi anecdotiques.
Mathias Tejela est un homme en forme. Il n’est pas venu regarder triompher Tomas. Son premier est un très bon toro, difficile a canaliser mais très brave. Il s’affirme d’entrée à la cape avec une grosse série de véroniques. Sa faena est énergique. Le toro baisse la tête. Il fait l’avion. Tejela nous régale par ses séries droitières et gauchères mains basses. La muleta lèche le sable. Statuaires. Epée jusqu’à la garde. Deux oreilles et vuelta a ruedo.
C’est Javier Conde qui va toucher le toro de la feria, le quatrième : Lanero. Conde le sait. Il le brinde à son principal employeur: Jose Tomas. Javier nous fait du Conde. Il sort le grand jeu. Petits pas, danse, derechazos jambes écartées comme un compas, regards vers le public, rodondos… Il torée comme certains peuvent en rêver. J’ai perdu ma voix lorsque le président a sorti le mouchoir orange celui de l’indulto sans que personne (a part le maestro) ne lui demande. Nos cris sont restés inaudibles sous la frénésie de l’arène. Je ne remets pas en question les qualités de cet excellent toro beaucoup de matadors lui auraient permis d’avoir la vie sauve.
C’est à Conde que je refuse d’offrir un indulto. Un matador qui ne sait pas tuer !!! L’indulto c’est le moyen d’être certain pour lui de sortir en triomphe. Je refuse de lui faire cet honneur car ce type torée pour sa gueule, pour se mettre en valeur. En ce qui me concerne la tauromachie c’est tout le contraire. Toréer c’est utiliser sa technique pour mettre en valeur l’animal. Il faut toréer avec le toro et non pas pour soi. Jamais Javier ne le cita de loin… Javier Conde attend le toro parfait qui lui permet de réciter ses gammes. Jamais, il n’arrive a s’adapter lorsque celui-ci est moins évident. Toujours, il exécute l’animal quand il à des cornes, des vraies. Enfin pour tous ceux qui aime la danse qu’ils aillent voir des ballets mais il n’y a pas besoin de toro pour faire de « petits pas » aussi jolis soient-ils.
Alors voilà, on a criée, beaucoup, sûrement dérangés nos voisins mais à la question pourquoi vous êtes contre ? J’ai envie de leur dire pourquoi vous applaudissez ? Je ne suis ni toriste ni toreriste mais il y a des limites à tout. Une voisine nous reproche d’être contre TOUT : Conde, l’indulto… disons que nous sommes simplement contre Conde. Il y a quelques années Ponce graciait un Juan Pedro Domecq. Lorsque l’animal rentra au toril j’en avais les larmes aux yeux comme beaucoup de monde autour de moi. Cette fois-ci je n’ai vu personne pleurer ou même être heureux pour le toro, j’ai vu des spectateurs fêter celui qu’ils avaient sifflé dans un premier temps.
Le quatrième toro entre en piste. Il est difficile et marche sans arrêt. Tomas n’arrive pas à le fixer. Mais là où de nombreux toreros auraient montré les défauts de l’animal au public avant de l'achever, Tomas s’accroche, travaille, prend des risques et délivre de très beaux gestes. La mise à mort est compliquée car le toro marche encore et toujours. Tomas tente un recibir à l’improviste mais concluant. Oreille de poids. L’ultime Garcigrande ne permet pas à Tejela de glaner un trophée supplémentaire. Qu’importe. Enorme sortie en triomphe des trois toreros et du mayoral. L’orchestre est a bout de souffle, nous aussi. Au Prolé, la tertulia nous fait presque oublier les enjeux du foot. Nîmes se maintient en Ligue 2 et Montpellier retrouve enfin la Ligue1. Le réveil sera difficile.
Samedi : impasse sur les corridas. A priori, je n’ai pas manqué grand-chose.
Dimanche. L’amphithéâtre est presque plein pour voir une corrida de Margé ! Cela n’a rien de surprenant car nous sommes dimanche après midi et que la corrida du matin a été annulée. Avant le paseo, deux hommes se lèvent dans les gradins en criant « Bordeaux champion ! » Osé mais l’amphithéâtre reste froid. Il n’y a pas de star en piste mais trois courageux toreros pour qui cette course peut leur faire gagner de précieux points.
Miguel Abellan possède une tauromachie douce et classique. Il coupe l’oreille de son second après une faena où il a montré beaucoup de profondeur notamment sur la gauche. Heureux de sa prestation, il embrasse tout pendant sa vuelta : éventail, chapeaux… avant de le renvoyer au public. Arrivé à ma hauteur, un châle tombe en piste Abellan le prend et le frotte contre son sexe avant de le renvoyer à sa destinataire. Surprenant garçon mais à revoir.
Antonio Barrera est la bonne surprise du jour. Plein d’envie. Il commence par une largas à genoux à son premier avant de faire une belle série de cape. Il toréé ce premier comme aurait pu le faire Castella ou Perrera sauf que le cornu est un Margé. Oreille. Son second est le plus dangereux du jour. Barrera part en guerre. Piqué deux fois, il aurait dû retourner au cheval une fois de plus mais le public ne semblait pas d’accord. Pourtant ce toro aura la tête très haute jusqu’à la fin et Barrera devra même sauter pour le descabeller. Oreille.
Marc Serrano torero local a encore plus besoin de succès que les deux autres. Serrano est malchanceux au sorteo. Son premier s’essouffle très vite et son second ne bouge pas de sa quarencia contre les planches… Il tente quelques passes dangereuses contre les planches. Bel effort mais il ne pouvait rien faire de plus. Il doit être malheureux mais le public l’a soutenu pour son envie et son courage.
Une belle corrida de toros très bien présentés même si certains ont été inégaux (deux grosses quarencia), parfois dangereux. Les piétons ont joué le jeu, celui de résoudre les problèmes, bref d’assumer leurs costumes.
Lundi après midi. Bouquet final offert par Simon Casas avec le très attendu mano a mano entre Sébastien Castella et Miguel Angel Perrera face aux bétails de Domingo Hernandez et Garcigrande. 6 oreilles. Comme jeudi Castella récite à merveille et les deux hommes montrent leurs techniques et leur poids sur les cornus. Castella a l’air bien avec son second et flirte avec le troisième avis. De très belles choses de part et d’autres mais encore une fois les toros ne transmettent pas. A les laisser trop souffler, la corrida dure quasi trois heures. Les toros faibles et une tauromachie très similaire ont fini par rendre ennuyeuse cette corrida évènement. L’audience a beaucoup apprécié les ¼ de piques. Devant moi une famille habillée corrida de la tête au pied, un peu comme dans un concert quand certains mettent le tee-shirt de l’artiste au cas où ils se seraient trompés de salle… bref, la mère de famille a plusieurs fois crié au président « novillada non piquée ! » Elle a raison mais pour une fois que Nîmes en organise une on ne va pas bouder notre plaisir.